La citation du lundi 1  posté le lundi 05 décembre 2011 23:09

Dernier article en Juillet 2010... hum, un an et demi en pause et me voilà de retour! Peut-être pas pour très longtemps, mais qui sait?

Après un si long moment sans activité - c'est de notoriété publique, tous les médecins vous le diront - il faut une petite phase d'adaptation, pour se remettre doucement au boulot. Voilà pourquoi j'assume tout à fait ne pas m'être vraiment foulée pour ce billet.

Une simple citation donc, tirée d'un bouquin qui n'est pas loin d'être mon livre de chevet officiel (on a les rock stars qu'on mérite !) : l'intégrale des écrits de Brassens. On y trouve tous les textes de ses chansons enregistrées, pas enregistrées et même des brouillons pas achevés ou des variantes, et ça fait déjà pas mal, mais aussi ses articles écrits pour le journal Le Libertaire, de tentatives de pièces de théatre ou de roman (qui heureusement ne restent que des tentatives!) et enfin, ce qui sans exagérer m'intéresse au plus au point, sa correspondance ou du moins ce qu'on a retrouvé. On lit dans ces lettres rédigées pour la plupart à Paris entre 1946 et 1969, des réflexions sur la littérature, la poésie, la philosophie, la politique... Le ton est parfois hésitant, notamment quand il demande à son principal destinataire, son ami d'enfance Toussenot, un avis sur ses premiers textes, mais le plus souvent ces pages reflètent l'assurance presque bravache du jeune homme qui n'imagine pas vivre autrement que par sa plume, quitte à manquer de tout, jusqu'au timbre nécessaire à l'envoi de la lettre suivante et qu'il réclame régulièrement.

Où l'on s'aperçoit qu'en plus de ne pas savoir prendre une photo, je range même pas ma bibliiothèque

 

Mais j'annonçais une citation, la voilà donc, p. 1120, au détour d'une lettre adressée à  Toussenot ("Mon cher vieux") datée du 24 Juillet 1948 :

"La chanson, un art mineur? Il ya des chansons mineures, voilà tout. C'est un préjugé. Nom de Dieu. Cela revient à dire que tous les flics sont des cons, ce qui est vrai au reste."

Bien avant le coup d'éclat de Gainsbourg, la question est réglée, je sais pas vous mais moi, ça me passe toute envie de commentaire.

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Bon si vous insistez, je rajouterais juste qu'en vrai, il continue à s'interroger autour de ce problème de l'art mineur ou majeur dans quelques lettres suivantes ( le 8 Aout 1948 : "J'ai repensé aux chansons. Ce genre n'est pas plus mineur qu'un autre. Tout dépend de la personnalité de l'auteur. Verlaine écrivait des poésies qui ressemblent à des chansons. Autrement jamais notre plume ne nous fera vivre").  Ce passage est peut-être même plus intéressant que le précédent : on voit que la chanson est presque un choix par défaut pour lui, qu'il prend Verlaine comme modèle, qu'il invoque un peu bizarrement ce qu'il appelle la "personnalité de l'auteur"... ça sera pour un autre fois!

Finalement, il est pas si rudimentaire ce billet... allez, j'arrête là, dans le prochain article je vous expliquerai pourquoi Léo Ferré n'est qu'un ennemi du peuple à la solde du pouvoir capitaliste, ça sera plus reposant.

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Lost in translation, traduttore traditore et autres réjouissances.  posté le lundi 26 juillet 2010 20:13

 

Aujourd’hui, un joli problème concernant la traduction des chansons autour de deux très beaux titres.

Titre 1

Titre 2

 

La première interrogation concerne le degré de précision des langues, pour vous faire une idée de ce que je raconte voici l’exemple type de ma grande question du jour avec la version espagnole de J’ai rendez-vous avec vous de Brassens, devenue sous la plume de Paco Ibañez Tengo cita con usted. Les plus hispanophones d’entre vous auront remarqué qu’Ibañez traduit le « vous », équivoque en français car pouvant désigner une seconde plurielle mais aussi au singulier dans le cadre d’un vouvoiement, par « usted » qui est dans la langue de Cervantès et de Ricky Martin le pronom du vouvoiement au singulier, et non par un vosostros (seconde personne du pluriel) ni un ustedes (pronom du vouvoiement au pluriel) (et que je n‘entende pas que tout ça n‘est qu’une pauvre question mathématique de nombre de syllabes!). Par cette précision qu’apporte l’espagnol, plus d’ambigüité possible: le narrateur s’adresse à un seul interlocuteur. Je sais pas vous, mais je me suis toujours plu à imaginer que Brassens jouait subtilement dans ce texte avec l’équivocité du pronom et qu’en même temps que le discours amoureux qui dit l’importance qu’il accorde à la femme aimée (ou au simple fait de tirer son coup, ne soyons pas trop fleur bleue, c’est Brassens, ne l’oublions pas…) exprimée par contraste avec l’attitude désinvolte qu’il adopte concernant les contingences matérielles, il y avait plus ou moins dissimulée derrière ses pudiques frétillements de moustache une expression de son attachement au public, le vous étant alors cette fois ci une seconde personne du pluriel. Question existentielle, n’est-ce pas? Peut être pour éclaircir tout ça faudrait-il chercher une éventuelle traduction en espagnol ou dans tout autre langue faisant la même distinction de Ma plus belle histoire d’amour de Barbara qui doit poser le même problème… et pour tout vous dire j’ai déjà perdu assez de temps aujourd’hui .

 

Mon deuxième problème sommeillocide concerne les chansons qui multiplient les références culturelles, je choisis ici pour exemple, par un hasard le plus partial qui soit, un texte d’Allain Leprest, Tout c’qu’est dégueulasse porte un joli nom. Non, vous ne couperez pas à la citation d’un extrait :

 

Guillotine, cirrhose, nuit blanche, les Baumettes,

Mirador, Stasi, siphon, baïonnette,

Fleury-mérogis, la rue Lauriston

Tout c’qu’est dégueulasse porte un joli nom

 

Ce texte a été traduit et chanté en italien sous le nom Le cose schifoze hanno un gran bel nomme par Alessio Lega, que je sais même pas qui c’est mais qui a aussi repris du Brassens et du Ferré, il ne doit pas être tout à fait mauvais… Ma question ici est la suivante : peut on véritablement parler de traduction? Sans même comprendre grand-chose à la langue de Dante et de Monica Bellucci, on se doute bien que le nom Fleury Mérogis ou celui de la rue Lauriston n’a pas la même connotation pour nous autres que pour nos voisins transalpins. Le brave Alessio (qui est sans doute un chic type, là n’est pas la question) a donc actualisé un bon nombre de références du texte par des citations plus ou moins équivalentes (ça donne d’ailleurs un très chouette clip). Il me semble à ce sujet plus juste de parler d’une adaptation du texte plutôt que d’une véritable traduction, et c’est là que le bât blesse et que la question se complique : de qui est donc le texte final en italien? Il ne faut pas oublier que notre bon compère Lega conserve la structure, la chute, le refrain, le propos et le mètre de la chanson, mais que quand même il dit pas tout à fait la même chose. Mes amis, nous voici devant ce qui me paraît être une insoluble interrogation…

Une prochaine fois, je vous raconterai pourquoi Léo Ferré n’est qu’un odieux petit bourgeois ennemi du peuple à la solde du pouvoir et de l’oppression, ce sera plus reposant.

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Les passantes, Georges Brassens  (Discothèque) posté le mardi 26 janvier 2010 21:41

   Au programme aujourd’hui, une très belle chanson pleine de jolis mots comme par exemple « preste »,  « tournoyer » ou « espérances d’un jour déçues ».

            Je ne vous ferai pas l’affront de vous bacler une bio en cinq lignes du sétois le plus connu au monde, après Paul Valéry , wikipédia s’en charge très bien.

            Faut pas croire, mais Brassens n’a pas écrit toutes ses chansons. Le vieux grigou en effet n’a pas hésité à aller taper le répertoire des plus efficaces auteurs de langue française. Pour preuve et à titre d’exemple, La légende de la nonne chouravée éhontément à Victor Hugo qui le pauvre, n’en demandait pas tant (« Défense de déposer de la musique le long de mes vers »), ou Il n’y a pas d’amour heureux que Georges, ce petit galopin, avait piqué à Aragon et qu’il avait pris l’habitude de chanter joyeusement sur la plage de la Corniche en tartinant d’écran total le dos de ses conquêtes.

            Désolée pour le mythe qui s’effondre mais la chanson mise à l’honneur aujourd’hui n’est pas plus signée Brassens que le mode d’emploi de mon aspirateur. Ce texte est issu du recueil Emotions Poétiques d’ Antoine Pol, obscur, inconnu et jeune poète, publié en 1919 en cent exemplaires. Ayant acheté par hasard ce bouquin aux puces, Brassens, qui a repéré ce poème, a tenté à maintes reprises pendant plusieurs années de le mettre en musique. Il y arrive enfin en 1971, prévoit de le faire figurer dans son prochain disque (Fernande) et demande à son secrétaire et ami Gibraltar de contacter l’auteur pour régler les histoires d’autorisation, droits d’auteurs et cie. Ironie du destin, en bon poète maudit Antoine Pol est mort la semaine précédente, comme de bien entendu, dans la misère et l’anonymat le plus total.

 

Pour peu que le bonheur survienne
Il est rare qu'on se souvienne
Des épisodes du chemin

Mais si l'on a manqué sa vie
On songe avec un peu d'envie
A tous ces bonheurs entrevus

 

Dans La Chanson Française pour les Nuls de Bertrand Dicale vous pourrez lire cette anecdote à la page 170 et trouverez plein d’autres infos sur Brassens et tous ses petits copains.

 

(Article rappatrié depuis un ancien blog, la mise en page résiste au copier-coller)

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Avant le slam, le déluge? (Sur le slam I)  (Discothèque) posté le mardi 26 janvier 2010 19:40


Je vous parle d'un temps que les moins de vingt-cinq ans ne doivent que peu connaitre. On était dans les années 2000, à peine démaquillés du bleu blanc rouge footballistique de la victoire, on écoutait des CD en vrai "métal de plastique", on découvrait les joies du SMS, avoir un ordinateur était presque un luxe et supposait un vrai bureau... la préhistoire quoi ! Autant vous dire qu'à l'époque n'avaient entendu parler de "slam" que ceux qui fréquentaient les concerts agités, le genre de soirée dont on sortait souvent les côtes couvertes de bleus... si je me concentre un peu ça me fait encore mal quand je tousse!

Les slammeurs en effet ne faisaient rien d'autre que se jeter inconsciemment de la scène, paradant de toute l'ampleur de leurs baggys pour se laisser porter par une foule, évidemment en déliiiiire, sinon ça marche pas, c'est drôle, mais ça marche pas. Jusque là, rien de nouveau sous le soleil, de nos jours la pratique subsiste et ne semble pas près de s'éteindre (tant qu'il y aura des ados soucieux de se faire tater la moelle par des centaines d'inconnus...) . Pour moi, c'était ça les slammeurs, pas encore de grands dadais anonnant laborieusement "la prochaine fois tu prendras le bus", ou "c'est pas moi c'est les autres, les ôôôtres" le tout sur une musique ostensiblement discrète, mise en valeur du texte oblige. 

En revanche, si je me souviens bien, on se passait en boucle, en tout cas JE passais en boucle - sur mon poste Philips avec lecteur cassettes auto-reverse, la clâsse - le premier disque d'un groupe un peu bizarre composé d'un rappeur et d'un accordéoniste, c'était "sexe, accordéon et alcool", c'était Java, et ils appelaient ça du rap-musette. Plus j'y repense et plus je me dis que ça sonnait bigrement bien et il faut avouer que cette appelation anachronique qui fait se télescoper deux mondes que l'on trouve si facile de penser radicalement éloignés n'y était pas pour rien. Bien sûr, on était adolescents et l'ouverture d'esprit était alors la condition sine qua non de la coolitude suprème (ma garde-robe de l'époque pourrait en témoigner...).

Sans nostalgie, j'écoute de temps à autre le fameux CD, Hawai (Sony, 2000- même pas 6 euros sur Amazon) et si, avec le temps, j'en arrive à le trouver un peu inégal (les morceaux plus rap que musette sans doute me plaisent moins, il faut dire que je me rapproche doucement de la blouse à fleur et des mi-bas à mesure que je m'éloigne du sweat kangourou et des skate-shoes), demeure le plaisir de me délecter des quelques pépites de ce disque, titres comme Pépètes ou Le poil valant à coup sûr leur pesant de 8°6, ou, pour prendre une référence plus à même de contenter mes lubies actuelles, leur masse en cappuccino italien (et oui, qu'on le veuille ou non, rien à faire on s'embourgeoise, hein!). La preuve avec ce titre, sobrement intitulé Dieu et dont le refain reste toujours pour moi un défi d'articulation. 'sont trop fort ces rappeurs.

A noter : après Java, le chanteur du groupe a sorti deux disques en solo sous le nom d'R.wan. Sur Radio Cortex 1 (Black eye, 2006) on peut entendre une surprenante version de Laisse Béton, où il a véritablement actualisé, très habilement à mes yeux, le texte de Renaud. Ne manquez pas ça, c'est sur deezer, par .

Ceci n'étant qu'une introduction, tenez-vous à l'affut du prochain billet. Toujours dans le même esprit progressiste de chant de la modernité, j'y démonterai point par point le scandaleux système par lequel ces insensibles et ignobles disques vinyle ont détroné les bons vieux rouleaux de cire de notre enfance. Un scandale vous dis-je!

 

 

 

 

 

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L'aventure, la voilà!  posté le samedi 19 décembre 2009 11:49


Etre enfermé avec 10 personnes pendant X temps, ce n'est pas une aventure, du moins tant qu'elles sont consentantes.

Avoir l'occasion de massacrer une belle chanson pendant un direct en prime-time, ce n'est pas une aventure, du moins pas pour celui qui chante.

Aller mendier l'hospitalité chez des miséreux en des contrées lointaines en étant accompagné par une clique de techniciens dont le prix de l'équipement suffirait à nourrir une année entière l'ensemble de la région, ce n'est pas une aventure ; quoique, sur le plan éthique...

Vous l'aurez compris, cet usage du terme aventure de plus en plus répandu comme synonyme de "jeu de télé réalité" me déplait fortement.

(Et le premier qui me dit que j'ai qu'à pas regarder de télé réalité si ça m'énerve tant, je lui fais écouter L'Aventura jusqu'à ce que mort s'ensuive!)

Armstrong marchant sur la lune, Marco Polo, Alexandra David-Néel, Livingstone et  Stanley, Indiana Jones  voire même les inconscients qui se prètent au jeu des courses de noël le dernier dimanche avant les fêtes, en voilà des aventuriers!

On retrouve dans ce titre de Dimey à peu près tout ce qui fait le charme de son écriture. Son style, et c'est surprenant pour un gaillard de sa carrure, c'est le grand écart : n'oublions pas que l'animal a pu commettre des horreurs d'une stupidité crasse de la trempe de Mon truc en plume, en même temps que des morceaux aussi subtils que Syracuse. La face hilare d'Henri Salvador barrée d'un large sourire, un soupçon de guitare et "J'aimerais tant voir Syracuse" ... (très belle version aussi par Pink Martini sur l'album Hey Eugene! )

Ca commencerait dans un bar de Paris, dans l'arrière-salle d'un bouge plus ou moins interlope, de préférence enfumé (la belle époque! ) et peuplé de gentils loosers, un peu limites sur les bords. 

L'alcool arrive et débute un voyage immobile qui nous emmène en Chine, en passant par La Havane et San Francisco jusqu'au moment où la géographie disparaît totalement au profit d'une cartographie aussi personnelle qu'éthylique :

Un soir en descendant la rue du Mont-Cenis
J'avais peut-être un peu forcé sur la bouteille
J'ai vu trois caravelles cingler sur Tahiti
Depuis, cette rue-là pour moi n'est plus pareille
J'y vais boire l'apéro avec des conquistadors
Dont aucun n'a jamais découvert l'Amérique
On mélange à plaisir les vivants et les morts
Et quand on s'est tout dit... il reste la musique

Mais la chanson de Dimey sait aussi sortir de la route des vins, direction la carte du tendre : l'ivresse n'est plus provoquée par l'alcool, mais par le regard amoureux. Ce qui n'est pas sans rappeler un certain hémisphère dans une certaine chevelure...

Il m'arrive parfois, rien qu'à te regarder,
De franchir d'un seul coup la muraille de Chine
Sauter trois océans sans quitter mon quartier
Ce que je ne vois pas d'ailleurs, je le devine
L'aventure se réveille à l'odeur de ta peau
Au milieu de ton lit, je trouve des navires
Le vent dans tes cheveux fait claquer les drapeaux
Et quand l'amour fleurit... je n'ai plus rien à dire

Tout au long de ce texte, le propos finalement réductible en "l'aventure est là où on en voit une" (autant dire, partout pour Dimey) est porté notamment par l'entrecroisement des lexiques d'un franchouillard "Paris de toujours" très fréquent chez cet auteur, et de celui de l'exotisme. Incessament l'un appelle l'autre et tout devient inextricablement lié : si le monde entier est en bas de chez soi, ou devant la porte du bar, si les repères géographique ne sont plus fiables, si l'aventure est en nous, où va t'on mettre les pieds aujourd'hui? Qu'est ce qui nous attend? En écho bien sûr, le fameux "Où vais-je?" à croire que parfois, les interrogations existencielles se planquent au fond d'une bouteille...

L'aventure, la voilà, texte de Bernard Dimey, musique de Jehan Cayrecastel, interprétation par Jehan sur l'album Live for Dimey, 2001, hors commerce.

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